Stage: esclavage moderne ?
La situation de l’emploi des jeunes s’est considérablement précarisée dans les pays industrialisés et le recours massif des entreprises aux stages plus ou moins faiblement rémunérés n’y est sans doute pas pour rien. Ainsi, la chasse à un « vrai » emploi est devenue très compliquée, même pour des jeunes très diplômés.
Les jeunes et la course au job
Afin de permettre aux étudiants d’être plus efficaces lors de leur entrée dans le monde du travail, les formations professionnelles ont été assorties de périodes de stages en entreprise plus ou moins longues, qui étaient censées leur permettre de découvrir leur futur métier. Avec le temps, la situation a évolué et on peut voir des formations au cours desquelles quatre mois sont consacrés à la formation à l’école pour six mois de stage en entreprise. Les entreprises ont donc bien compris l’intérêt qu’il y avait à prendre des jeunes en stages, ces durées assez importante permettant une intégration et une efficacité suffisantes, surtout si l’on considère les faibles rémunérations proposées. On peut donc maintenant constater que sur la plupart des sites d’offres d’emploi, la part des offres de stages est devenue très importante, avec des descriptions de postes qui font plutôt penser à un emploi dissimulé.
Précarité et pauvreté en perspective
C’est ainsi que le chômage des jeunes se situe aux alentours de 24% pour le 15-25 ans, mais en réalité, la limite des 25 ans est maintenant largement dépassée et la nouvelle « génération sacrifiée », comme l’appellent certains, incluent les 25-35 ans. Les stages succèdent aux stages, avec un maximum de 30% du Smic, puis les CDD aux CDD, et le contrat à durée indéterminé devient presque un mythe que les jeunes désespèrent de plus en plus d’atteindre. Bien entendu, ces stages ne sont même pas indemnisés au Smic et cette situation financière précaire, associée aux hausses considérables des prix des loyers, plongent cette frange de la population, de l’ordre de 20%, dans la précarité et la pauvreté. Certains restent donc dépendants de leurs parents, à des âges où autrefois on était adulte depuis longtemps. Quant à ceux dont les parents sont aussi dans la précarité parce qu’ils sont devenus des seniors, tout aussi touchés par le chômage, leur situation est encore plus difficile.
Le grand retour de l’esclavage
Il est étonnant de constater que nos sociétés dites évoluées ont créé une situation dans laquelle un esclavage qui ne porte pas son nom est devenue la norme, sans que personne ne s’en offusque, au contraire. En effet, l’esclavage consistait à faire travailler des être humains en les privant des possibilités de se loger, se vêtir et se nourrir correctement et, par conséquent, en les privant de la liberté de choisir leur vie et leur travail. Personnel surqualifié faisant des heures supplémentaires non rémunérées, non comptabilisé dans les effectifs, donc sans existence sociale, sans droits aux congés payés… il ne manque plus que les coups de fouet. Quoique ! Que penser de l’ambiance délétère qui règne dans de nombreuses entreprises, des pressions exercées… Tout cela vaut bien quelques coups de fouet.
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